Réputée pour son hétérogénéité, l’œuvre prolixe du compositeur américain Frank Zappa désempare la critique, à s’être trop nourrie tout autant des bassesses hétérologiques du rock que des subtilités modernistes de certains compositeurs européens. Pourtant, à la considérer toute, elle n’est ni « savante », ni « populaire » ni « high », ni « low », ni « moderne », ni « postmoderne », ni « rebelle », ni « réactionnaire ».
Inclassable selon les catégories usuelles, elle révèle pourtant, depuis la clinique de Gilles Deleuze, une profonde cohésion : le nomadisme esthétique de Frank Zappa décrit l’unité d’une œuvre élargie à la somme de toutes ses productions, son processus continu dans les voies zigzagantes de ses multiplicités.
La ritournelle zappaïenne déterritorialise l’œuvre des instances qui menacent son autonomie musicale. Elle opère son autonomisation en mettant en scène ces régimes pour mieux les faire fuir : régimes d’écoute, régimes esthétiques, et régime capitaliste de production, de distribution et de fétichisation. Ce faisant elle instaure un partage singulier du sensible.
Son art est dionysiaque : il agence un rythme qui fait fuir la musique d’une forme signifiante, il agence une durée intensive : il crée perpétuellement, du devenir. Il déjoue l’inscription de la musique à l’aune de la représentation, d’une intelligibilité extrinsèque à son ordre à elle qui est, comme le théorise Nietzsche, sensible.
Capturant ce qui faisait la pornographie de son temps, l’œuvre- machine de Frank Zappa agit la possibilité de son dépassement. Ce faisant elle propose un remède efficace aux apories du postmodernisme, à ses désenchantements pérennes.
Cette thèse proposera une cartographie du territoire zappaïen. On tentera d’y montrer son intérêt critique pour les problématiques contemporaines afférentes à l’art, aux rapport de ce dernier avec la société.
